Chapitre 47

Le Berry — juillet 1804
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L'odeur arriva avant le château.

Par la portière de la berline — les vitres baissées, juillet, l'air du Berry entrant par bouffées chaudes avec les cahots de la route — l'odeur de la terre grasse et de l'herbe coupée, et dessous, plus lointaine, plus basse, l'odeur de la pierre calcaire chauffée depuis le matin. Sarah ferma les yeux. Les mains à plat sur les genoux, le corps bercé par la voiture, les narines ouvertes. Un instant, deux. Le corps reconnut avant la tête.

Éléonore s'agita dans les bras de Jeanne. Le froissement du linge, le bruit minuscule d'un poing contre le bavolet. Henri dormait de l'autre côté, la joue écrasée contre le dossier, les boucles noires collées à la tempe par la sueur du voyage.

Claire regardait par la portière.

Le visage de Claire — immobile, les yeux fixes. Le même visage qu'au premier voyage, deux ans plus tôt, quand le Berry avait recommencé à dire : tu reviens. Ce qui avait changé, c'était le fichu de laine grise remplacé par un col de dentelle propre, le col de l'intendante d'une maison de dix domestiques.

Marsac, en face, lisait.

Marsac ne lisait pas. Le livre était ouvert sur les genoux et les yeux étaient sur le paysage — les haies, les champs de blé, la route qui montait entre les chênes. Les doigts tenaient la page sans la tourner. Le châle avait glissé du dossier. Les mains ne le rattrapaient pas.

La route monta.

Les murets. Les chênes. Le blé — plus haut, plus lourd qu'il y a deux ans, les épis dorés, les parcelles bien tenues. Le chemin tourna.

Le donjon.

La tour romane dépassait les chênes comme depuis huit siècles. La pierre grise — pas plus claire, pas plus sombre, le calcaire du Berry qui ne changeait pas quand tout le reste changeait. Derrière la tour, le corps de logis. Le toit.

Le toit tenait.

Les ardoises neuves brillaient dans le soleil de juillet — un éclat bleuté, dur, que les anciennes ardoises n'avaient pas. Les fenêtres du premier étage avaient des vitres. Les ronces de la cour avaient disparu. Les pavés de grès rosé étaient visibles — nettoyés, désherbés, les joints refaits à la chaux, les pavés que le père avait fait poser l'année de la naissance de Sarah.

La berline s'arrêta.

Henri se réveilla. Le bruit des chevaux, les voix. Il cligna, se redressa, la marque du dossier sur la joue. Il regarda par la portière. La cour. Le donjon. Les murs.

Henri ne reconnaissait rien. À deux ans, il n'avait gardé aucune image. Il vit seulement un espace immense, des pierres, de la lumière, une cour plus grande que toutes les cours de Paris, et un porche voûté au fond, pareil à l'entrée d'une forteresse.

Henri descendit de la berline avant Jeanne, avant Sarah, avant tout le monde. Les pieds sur les pavés. Les pieds nus — il avait retiré les souliers pendant le voyage et personne ne les avait remis. Les pieds nus d'Henri sur les pavés de grès rosé, dans la cour du château de La Roche-Aymon, en juillet de l'an 1804.

Il courut.

Le bruit des pieds nus sur la pierre chaude — le claquement léger, rapide, le bruit d'un enfant de quatre ans qui court sans savoir où il va et qui n'a pas besoin de le savoir. Le porche voûté. Henri disparut sous la voûte et le bruit rebondit sur les murs du passage et ressortit de l'autre côté, dans le jardin, affaibli et multiplié.

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Vous venez de lire l'ouverture du Prix du Nom, Tome II — Le Maréchal. Le livre est paru.